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Formation design graphique : le DN MADE a supplanté le BTS, mais pas pour tous les profils

Jean Vincent 7 min de lecture
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Derrière l’appellation « design graphique » se cachent des réalités très différentes selon qu’on sort du bac, qu’on vient d’un BTS ou qu’on se reconvertit à 35 ans après une première carrière. Les diplômes ont beaucoup changé ces dernières années : le DN MADE a progressivement pris la place du BTS design graphique dans la plupart des lycées et écoles publiques, sans pour autant le faire disparaître partout, et les parcours en formation continue restent trop peu documentés alors qu’ils concernent une part croissante des candidats. Voici comment s’y retrouver, diplôme par diplôme, profil par profil.

Design graphique, graphisme, direction artistique : des mots qui ne désignent pas le même métier

Le glissement du mot « graphiste » vers « designer graphique » n’est pas qu’une question de vocabulaire à la mode. Le graphiste, historiquement, met en forme un message existant : il compose, choisit une typographie, prépare un fichier pour l’impression ou le web. Le designer graphique intervient plus en amont, sur la résolution d’un problème de communication dans son ensemble : identité visuelle d’une marque, signalétique, packaging, interfaces numériques. La direction artistique, elle, supervise plusieurs créatifs et porte la cohérence globale d’un projet, souvent après plusieurs années d’expérience de terrain.

Infographie du parcours de formation design graphisme du bac au bac+5
Infographie du parcours de formation design graphisme du bac au bac+5

Cette distinction a des conséquences concrètes sur le choix de formation. Un cursus centré sur la PAO (publication assistée par ordinateur) et la maîtrise d’outils comme Photoshop, Illustrator ou InDesign prépare bien aux métiers d’exécution graphique. Un cursus qui insiste sur la méthodologie de projet, la recherche conceptuelle et la culture visuelle prépare davantage aux fonctions de design et de direction artistique. Les meilleures formations mêlent les deux, mais avec un dosage différent selon leur philosophie.

Quelle formation choisir selon son niveau de départ ?

Le parcours type suit une logique en entonnoir croissant : un socle au lycée, puis un diplôme en trois ans, éventuellement complété par deux années de spécialisation.

Avant le bac+2 : construire un dossier artistique solide

Le bac STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués) reste la voie la plus naturelle pour aborder ensuite un DN MADE, car il initie très tôt à la démarche de projet. Un bac général avec la spécialité Arts ou l’option Arts plastiques fonctionne aussi, à condition de compenser par un book personnel construit en dehors des cours. C’est d’ailleurs à ce stade que se joue une grande partie de l’admission : sans dossier artistique convaincant, même un excellent dossier scolaire ne suffit pas à intégrer une école sélective.

Bac+2 à bac+3 : DN MADE, BTS, Bachelor ou licence professionnelle

Le DN MADE (diplôme national des métiers d’art et du design), en trois ans, a remplacé le BTS design graphique dans la majorité des établissements publics et propose une mention graphisme dédiée, aux côtés de mentions objet ou espace pour d’autres spécialités du design. Il inclut généralement douze à seize semaines de stage réparties sur le cursus, ce qui en fait un diplôme professionnalisant. Le Bachelor Design graphique, souvent proposé par des écoles privées, couvre la même durée de trois ans avec une pédagogie plus orientée projets et intervenants professionnels. La licence professionnelle Métiers du design, parcours design graphique, éditorial et multimédia, se prépare en un an après un bac+2 et permet une spécialisation rapide pour qui veut entrer vite sur le marché du travail.

Bac+5 : DSAA, Master et DNSEP pour se spécialiser

Le DSAA (diplôme supérieur d’arts appliqués) mention graphisme se prépare en deux ans après un bac+3 et comprend environ six mois de stage, avec un niveau d’exigence conceptuelle nettement supérieur au DN MADE. Le Master Design graphique universitaire suit la même durée. Le DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique), délivré par les écoles nationales d’art, complète un premier cycle de DNA (diplôme national d’art) en trois ans par deux années supplémentaires, portant le cursus total à cinq ans pour les candidats qui suivent cette voie depuis le début.

Diplôme Durée Niveau d’accès Points forts
DN MADE mention graphisme 3 ans Post-bac Reconnu, stage inclus, passerelle vers DSAA
Bachelor Design graphique 3 ans Post-bac Pédagogie projet, réseau professionnel privé
Licence pro design graphique 1 an Après bac+2 Spécialisation rapide, insertion immédiate
DSAA mention graphisme 2 ans Après bac+3 Niveau conceptuel élevé, stage long
DNSEP option design 2 ans (+3 ans DNA) Après DNA Culture artistique poussée, écoles nationales

Se reconvertir au design graphique : des passerelles qui existent vraiment

La reconversion professionnelle vers le design graphique reste la grande absente des pages consacrées à l’orientation, alors qu’elle concerne un public nombreux : salariés en repositionnement de carrière, demandeurs d’emploi, parents qui reprennent des études après une pause. Le GRETA, via des structures comme le CDMA, propose des parcours de formation continue qui peuvent déboucher sur une certification reconnue, avec des rythmes compatibles avec une activité salariée ou un accompagnement par France Travail. La validation des acquis de l’expérience (VAE) est une autre voie, pour ceux qui pratiquent déjà des compétences graphiques sans en avoir le diplôme correspondant : elle permet de faire reconnaître officiellement un savoir-faire acquis sur le terrain plutôt que de repartir de zéro sur les bancs de l’école.

Ces passerelles entre BTS, DN MADE, licence professionnelle et DSAA fonctionnent comme des écluses sur un canal : chaque palier élève progressivement le niveau plutôt que d’imposer un saut d’un seul coup. Un adulte en reconversion n’a donc pas besoin de viser directement un DSAA ou un Master. Il peut entrer dans le système par une étape intermédiaire, souvent une certification GRETA ou une licence professionnelle, puis laisser chaque palier le porter plus haut.

Écoles publiques, écoles privées : sur quels critères trancher

Du côté public, des établissements comme Gobelins, Estienne ou l’ENSAD bénéficient d’une reconnaissance institutionnelle forte et de frais de scolarité contenus, mais leur sélectivité à l’entrée est élevée et repose largement sur la qualité du book. D’autres écoles nationales d’art en région, comme isdaT à Toulouse ou l’ESAAT à Roubaix, offrent un niveau d’exigence comparable avec une pression de sélection parfois moindre qu’à Paris. Rennes 2 propose également des parcours universitaires en arts appliqués qui s’inscrivent dans cette logique publique.

Du côté privé, des écoles comme LISAA, ESDAC, Penninghen, l’École Bleue ou Strate misent sur un encadrement plus resserré, des équipements récents et des liens étroits avec les entreprises, en contrepartie de frais de scolarité nettement plus élevés que dans le public. Le choix entre les deux voies dépend moins de la qualité intrinsèque de l’enseignement (les deux mondes comptent d’excellents professeurs) que du mode de sélection accepté, du budget disponible et de la préférence pour un encadrement plus ou moins individualisé.

Candidater, débouchés et rémunération : ce qu’il faut anticiper

L’admission dans la quasi-totalité des formations post-bac passe par Parcoursup, avec un dossier scolaire, un book de travaux personnels et souvent un entretien de motivation. Le book reste l’élément décisif : il doit montrer une démarche de recherche et pas seulement des rendus finis léchés, car les jurys cherchent à évaluer un raisonnement autant qu’une technique. Les diplômés découvrent ensuite un métier qui touche à la chaîne graphique dans son ensemble, de la conception à la préparation pour l’impression ou la diffusion numérique, avec des spécialisations possibles en fin de cursus vers l’illustration, l’éditorial, les interfaces ou le motion design.

Côté rémunération, un designer graphique débutant démarre généralement autour de 1 500 euros brut par mois, un niveau qui évolue avec l’expérience et la prise de responsabilités jusqu’à une fourchette de 2 200 à 2 800 euros brut mensuels pour un profil confirmé encadrant une équipe ou un atelier. Ces montants varient fortement selon le secteur, la région et le statut (salarié ou indépendant), mais ils donnent un ordre de grandeur réaliste pour construire un projet professionnel cohérent, quel que soit le diplôme choisi pour y accéder.

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